Le thème des ossements est bien visible sur la carte n°13 des tarots, MORT ou ARCANE SANS NOM. Au Moyen-Age, et même à l'âge classique, il évoque forcément le culte des ***reliques** de saints. Voici un texte historique qui évoque à la même occasion un saint ermite : de quoi nourrir également la réflexion sur le contexte du visuel de la carte n°9 des tarots, L'ERMITE.

carte XIII LA MORT (sommaire)  [#]
carte VIIII L'ERMITE (sommaire)  [#]

 

André VAUCHEZ : Le Saint, in L'Homme Médiéval, sous la direction de Jacques LE GOFF
Giuseppe Laterza & Figli, Rome-Bari, 1987 - édition française, Seuil, 1989

[extrait pp. 367-370]////////////////////////////////////////////////////////////////

 

Pour la plupart des hommes du Moyen-Age, surtout antérieurement au XIIIe siècle, un saint est avant tout un mort illustre, dont l'histoire n'était pas connue avec précision mais dont on savait qu'il avait enduré de son vivant des persécutions et des souffrances pour l'amour de Dieu. D'où l'importance fondamentale du corps, seul point commun entre les serviteurs de Dieu et les fidèles qui les vénéraient, dans le développement des cultes et des légendes. C'est sur lui en effet que les bourreaux ou parfois les saints eux-mêmes s'étaient acharnés : démembré, mutilé par la malice des païens ou la passion autodestructrice des ascètes, il retrouvait après la mort une mystérieuse intégrité, signe d'élection divine. Au Moyen Age, la sainteté est d'abord un langage du corps, un discours de la "chair impassible", pour reprendre l'heureuse expression de P. Camporesi.

 

Il est significatif à cet égard qu'en 1387 un synode de Poitiers ait jugé utile de prendre des mesures contre "le peuple simple qui, à l'instigation de certains infidèles, a pris l'habitude d'adorer les corps des morts retrouvés intacts et de les vénérer comme s'il s'agissait de saints."
Même pour les clercs de l'époque, la bonne conservation du corps au-delà de la mort était un critère nécessaire - mais non suffisant - pour que l'on puisse attribuer à un homme le titre de serviteur de Dieu. En plus de la non-décomposition et de la bonne odeur, les restes des saints possédaient la merveilleuse capacité, qu'ils ne partageaient qu'avec l'hostie consacrée, de pouvoir être divisés sans rien perdre de leur efficacité, c'est-à-dire des pouvoirs que Dieu leur avait accordés lors de leur mort bénéfique. Tels étaient, au niveau de la mentalité commune, les fondements implicites du culte des reliques, parcelles d'un corps sacrifié et fragmenté qui, à l'instar de celui du Christ, ne cessait pour autant d'être source de vie et promesse de génération.

C'est dans ce contexte qu'il faut se placer pour comprendre l'importance des translations et des vols de reliques dans la vie religieuse médiévale. On n'a longtemps retenu de ces transferts ou déplacements s'accompagnant parfois de fraude, voire de violences, que leurs aspects pittoresques. En fait ils occupaient une place centrale dans la société du temps, dans la mesure où la possession d'un corps saint - et si possible de plusieurs - était une nécessité vitale pour les collectivités - tant laïques qu' ecclésiastiques.

Les saints eux-mêmes en étaient bien conscients et choisissaient souvent de venir mourir soit au lieu de leur naissance, soit là où ils pensaient que la présence de leurs restes pourrait exercer une heureuse influence.

Ainsi l'ermite italien Giovanni Bono (+ 1249), qui avait passé la plus grande partie de son existence près de Césène, en Romagne, revint, lorsqu'il sentit la fin approcher, dans sa cité natale de Mantoue, à la fois par fidélité à sa patrie et pour combattre par le rayonnement posthume de ses reliques les hérétiques, qui y possédaient alors de solides positions.

[fin de l'extrait] /////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////

Vita de St Giovanni Bono (Mantoue,1168 - Mantoue, 16/10/1249), en italien : http://www.santiebeati.it/search/jump.cgi?ID=74200