carte VIIII L'Hermite [#]
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Dom Louis GOUGAUD, Bénédictin de Saint-Michel de Farnborough :
Etudes sur d'anciennes formes de vie religieuse :
Ermites et Reclus
Abbaye St-Martin de Ligugé, Imprimatur 19 Junii 1928 (Notes d'origine simplifiées par le blog)
Source : www.archive.org/stream/MN5070ucmf_9/MN5070ucmf_9_djvu.txt
[Extrait n°3] /////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////

L'habit d'ermite

Ceux qui passaient du monastère au désert conservaient vraisemblablement l'habit qu'ils avaient porté dans le cloître (cf. Raoul Glaber, Historiarum liber III, éd. Maurice Plou (fiorilège des anciens textes p. serv. à l'Hist. de France), Paris, 1886, p. 55.— On cite, par ailleurs, des ermites qui portaient la coule : Guillaume de Maluesburt, Gestapontif. Angl., IV, 177, éd. Rolls, p. 314; Thomas Walsingham, Gesta àbbatum S. Albanip. 98.


Les séculiers qui se présentaient à l'évêque pour obtenir l'autorisation d'embrasser la vie érémitique régulière étaient généralement, nous l'avons vu, pourvus par lui d'un habit spécial, solennellement béni par le prélat et qui indiquait clairement l'existence religieuse nouvelle à laquelle se vouait le solitaire. Quant à ceux qui s'enfonçaient dans la solitude sans se soucier de demander l'autorisation de l'ordinaire, ignorant peut-être les lois ou usages ecclésiastiques en vigueur, ils prenaient l'habit qui leur paraissait le plus conforme à l'état d'ascète et de pénitent. Richard Rolle de Hampolle, dont l'entrée en solitude fut, comme toute sa carrière, totalement exempte de formalisme, s'affubla, pour marquer sa séparation d'avec le monde, d'un singulier costume qui se composaitdu chaperon de son père et de deux vêtements disparates empruntés à sa sœur. Il ne conserva pas dans la suite cet accoutrement, bizarre, car un portrait de lui, datant de la  fin du quatorzième siècle, nous le montre vêtu d'une robe et d'une cape blanches, qui paraissent appropriés à sa profession. Le mot « Jhesus » est écrit sur le devant de son habit.

«Li abis ne fet pas l'ermite», disait-on déjà au moyen âge. Le poète Rutebeuf, qui cite ce proverbe, dans Le dit de Frère Denise (Oeuvres complètes, Edit. Jubilai, Paris, 1874, II, p. 63), ajoute :
              "S'uns hom en hermitage abite,

               et s'il en a les dras vestus,

               je ne pris mie .n. festus (a) 

               son abit ne sa vesteure,

               s'il ne maine vie ausi pure

               comme son abit nous demonstre."

  (a) « Je ne prise jamais deux fétus de paille », c'est-à-dire « je n'attache aucune valeur».
       Comp. l'e
xpression anglaise : I don't care a straw. »

Il s'est perpétué à travers tout le moyen âge et en tout pays une classe de pauvres hères, de soi-disant ermites, vagabonds vivant de mendicité, qu'on doit bien se garder de confondre avec les vrais anachorètes. Ceux-ci, menant vie sainte et cachée, étaient l'objet de la vénération de tous ceux qui les approchaient. Rien que par leur extérieur ils montraient qu'ils appartenaient à la tradition ascétique authentique, dont les premiers et mémorables exemplaires avaient vécu dans la Thébaïde d'Egypte.

La légende de Girard de Roussillon s'est formée dans les abbayes de Vézelay et de Pothières au onzième siècle.
Le trouvère qui a écrit cette geste nous a laissé un portrait d'ermite qu'il a dû dessiner d'après les modèles qu'il avait dans son entourage.[Ed. et trad. Paul Metkr, — M. Joseph Bédier a trouvé ce passage si caractéristique qu'il l'a transporté sans y rien modifier dans son Tristan reconstitué : Le roman de Tristan et Iseut, Paris [19oo] [en ligne ici] — On sait que sainte Marie-Madeleine était spécialement vénérée à Vézelay comme genius loci, dès la fin du XI° siècle (cf Migne)]
                « Il ne portait point de vêtements tissés, mais une peau de chèvre, avec des
                haillons de laine sous l'échine. Il était prosterné à terre, les genoux et les
                coudes nus, et priait Marie-Madeleine de lui inspirer des prières salutaires.
»

------> Marie-Madeleine figure de l'âme  [#]
 

 

Le bâton de l'ermite

Maitre de lObservance St Antoine ca 1435 LouvreQuand le prud'homme eut fini sa prière, il se leva et s'avança appuyé sur son bâton. La peau de mouton ou de chèvre (melota, melotes) était déjà communément portée par les ascètes d'Orient. Ils avaient probablement adopté cet habit sous l'inspiration de l'Écriture. Cassien et la Vie des Pères nous montrent aussi que le bâton était un de leurs insignes. [Saint Paul, premier ermite, et saint Antoine s'appuyaient sur un bâton pour soutenir leur corps usé par l'âge et les macérations]
-------> Symbolisme des vêtements des ermites du désert, selon Cassien (Ve s.) [#

Maître de l'Observance (SIENNE)
Saint Antoine abbé, ca 1435
Musée du Louvre
www.insecula.com


Pour compléter ces notions, nous citerons un passage d'une règle inédite écrite au quatorzième siècle, pour les ermites, attribuée à Richard Rolle. Voici ce que l'on y prescrit relativement à l'habillement : 

Indumenta habeat [eremita] secundum ordinationem episcopi in cuius moratur diocesi, vel patroni sui si fuerit praélatus ecclesiae. Habitus penitentialis exterior non sit dé panne subtill vel precioso sed de mediocri griseo (4) vel nigro. Cavere etiam débet ne habeat habitum ullius religionis in omnibus conformem, ne detur religiosis occasio malignandi in eum. Non utatur prope carnem lineis vel mollibus vestimentis (5), nec utatur caligiisseds.otularibushumilibus.

(4) Dans une ballade anglaise de 136o environ, The eremyte and the owtelawe, éditée par Sir Egerton Bhtdes. Bestitata, London, 1816, t. IV, p. 91-1o4, on trouve le vers suivant : « Off grey clothyng was hys abyte ».
(5) Le linge de corps était tenu pour superflu. Cf. Vita Guthlacî, III, 16, p. 41.


                                            ------> Suite : Visiteurs attestés de l'ermite [#]

[fin de l'extrait (3)]
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Même ouvrage, autres extraits : (1) statut canonique [#] - (2) cadre de vie [#] - (4) visiteurs [#] - (5) vie ascétique [#]

 

L  I  E  N  S 

VITAE ET HAGIOGRAPHIES DE SAINTS ERMITES :

Article de Claire Chartier (1999) : www.lexpress.fr/informations/le-boom-des-ermites_635864.html


AUTRES PERSONNAGES CITES :

 

 

TEXTES ECRITS PAR DES ERMITES :