carte XII LE PENDV [#]

Carl Gustav JUNG : Métamorphoses de l'âme et ses symboles (Symbole der Wandlung)
trad. d'après la 4e édition allemande, préface d'Yves Le Lay, GEORG 1953, 1996 Livre de Poche
[extrait pp. 389-390, 633] //////////////////////////////////////////////////////////

pendaison de marsyas-IIes-Louvre-guesswhoandwhere-typepadMarsyas supplicié
IIe s.
Musée du Louvre

 

On sait que les arbres ont joué de tout temps un grand rôle dans le culte et le mythe.

L'arbre mythique type est l'arbre du paradis, ou arbre de vie; on connaît le pin d'Attis, l'arbre ou les arbres de Mithra, le frêne nordique universel Yggdrasil, etc... La SUSPENSION de la statue d'Attis à un pin, la PENDAISON de Marsyas qui est devenue un motif artistique célèbre [autres images ici], la suspension des offrandes chez les Germains, etc., nous apprennent que la pendaison à l'arbre de la croix n'est pas chose unique dans la mythologie religieuse, mais qu'elle appartient au même cycle représentatif que les autres.

Dans cette suite d'idées, la CROIX du Christ est au même instant arbre de vie et arbre de mort.
-----> drapeau avec la croix ("crucifère") [#]

S'il existait des mythes affirmant que l'homme descend des arbres, il existait des coutumes d'inhumation selon lesquelles on ensevelissait dans des arbres creux; c'est de là que vient l'habitude d'employer pour cercueil l'expression "arbre de mort". Si l'on considère que l'arbre est surtout symbole maternel, le sens de ce mode d'ensevelissement devient compréhensible. Le mort est en quelque sorte enfermé dans la mère en vue d'une renaissance.
-----> ermites dans les arbres ("dendrites") [#]

 

On raconte que Manès, fondateur de la religion manichéenne, fut tué, dépouillé, empaillé et pendu. Cette pendaison a une valeur symbolique incontestable, puisque le BALANCEMENT("être suspendu, plein de crainte, en une peine fluctuante") exprime une aspiration non réalisée, une ATTENTE tendue; c'est pourquoi le Christ, Odin, Attis, sont pendus à des arbres.[...] Marsyas qui semble être un substitut d'Attis, fils-amant de Cybèle, fut écorché. (cf [l'anthropologue Sir James Georges]  Frazer : Golden Bough [le rameau d'or], 1907)
-----> pendus laissés accrochés jusqu'à ce que le corps et la corde tombent [#]

Quand un roi scythe mourait, on abattait ses esclaves et ses chevaux, on les écorchait et on les dressait à nouveau une fois empaillés (cf Frazer : loc. cit.). En Phrygie, on abattait et écorchait les représentants du dieu-père; on faisait de même à Athènes avec un boeuf que l'on écorchait et que l'on attelait ensuite à la charrue après l'avoir empaillé. De cette façon on fêtait la résurrection de la fertilité des champs.

[fin de l'extrait] ////////////////////////////////////////////////////////////////////
Autres citations du même ouvrage :
[FLECHE] Les flèches selon C.G. Jung [
#] (carte VI L'AMOUREUX)
Même auteur, extraits de son autobiographie "Ma vie" :
Deux crânes dans la poussière (carte XIII LA MORT) [#]


L  I  E  N  S

 

ILLUSTRATION :
"Marsyas supplicié", sculpture hellénistique, IIe s. après JC, (Paris, Musée du Louvre)
photo trouvée sur guesswoandwhere.typepad.fr

PERSONNAGES CITES :
C.G. Jung (1875-1961) : www.cgjung.net/qui.htm
Bibliographie sur Marsyas : www.mediterranees.net/mythes/marsyas/index.html
Pendaison de Marsyas, sculpture hellénistique : www.louvre.fr/oeuvre-notices/marsyas-supplicie
Frazer, anthropologue (1854-1941) : fr.wikipedia.org/wiki/James_George_Frazer