Langage symbolique [#]
Carte XXI LE MONDE [#]
Carte X ROVE DE FORTVNE  [#]
Histoire de l'Art [#]

L'oeuvre d'art - Introduction, choix de textes, commentaires, vade-mecum et bibliographie par Béatrice LENOIR
GF collection "Corpus", FLAMMARION 1999
[Extrait pp. 235 sq.] ///////////////////////////////////////////////////////////////



Les 4 animaux

CHARTRES, portail royal (tympan) - blogs.privet.ru

"En haut, à la droite du Christ, l'homme ailé CHARTRES portail royal blogs privet run'est autre que St Matthieu, celui des disciples du Christ dont l'Evangile s'ouvre sur une étonnante généalogie humaine [...].

Lui faisant face, à la gauche du Sauveur, voici l'aigle, autrement dit saint Jean. C'est l'aigle de la vision éblouissante de l'Apocalypse. C'est l'Apôtre qui a vu en face la gloire de Dieu, comme l'aigle - vieille légende déjà colportée par Pline - regarde sans ciller le soleil. Le boeuf et le lion complètent le tableau.

Le boeuf, l'animal sacré de l'ancienne loi, c'est saint Luc, l'évangéliste qui souligne le plus fortement la substitution du sacrifice du Calvaire aux anciens sacrifices d'un monde en attente de l'incarnation.

Le lion, c'est saint Marc, qui commence son récit par la prédication de celui qui crie dans le désert comme un lion rugissant, le dernier des prophètes, Jean-Baptiste". 

(Jean FAVIER, L'Univers de Chartres, BORDAS, 1988) 


Cette description du portail royal de la cathédrale de Chartres est en même temps une explication des symboles par lesquels sont représentés les quatre évangélistes
-------> iconographie, cf. [#][#]

Pour qui n'est pas quelque peu familier de la culture chrétienne, en effet, ces symboles restent lettres mortes : pour les déchiffrer, il faut déjà savoir ce à quoi ils renvoient.

  • C'est là un trait que le symbole partage avec le signe : tous deux n'existent qu'en renvoyant à autre chose qu'eux. Mais à la différence du signe, le symbole ne s'épuise pas dans cette fonction : il reste présent, tout en se référant à autre chose qu'à lui.

  • S'il peut rester ainsi présent, c'est qu'il [le symbole] a les mêmes qualités que ce à quoi il renvoie, comme le souligne Hegel dans son analyse du concept :

    "Le lion, par exemple, est pris pour un symbole de la magnanimité (cf. [#]) , le renard comme symbole de la ruse, le cercle comme symbole de l'éternité et le triangle comme celui de la Trinité. Or le lion, le renard possèdent pour soi les qualités mêmes dont ils sont censés exprimer la signification.

    De même, le cercle (cf. [#]) ne montre pas l'aspect inachevé ou arbitrairement limité d'une ligne droite ou d'une autre ligne ne revenant pas en soi-même, lequel aspect peut échoir quant à lui à un quelconque intervalle de temps limité; et le triangle pris comme un tout a le même nombre de côtés et d'angles que ceux qui se présentent dans l'idée de Dieu si l'on soumet au décompte les déterminations que la religion appréhende en Dieu." 
    (HEGEL, Cours d'esthétique, I, trad. J.-P. Lefebvre et V. von Schenk, Bibl.Philosophique, AUBIER, 1995, p. 407)


     
  • Cependant, ajoute aussitôt Hegel, le symbole n'est pas non plus entièrement adéquat à ce qu'il représente : la figure symbolique a d'autres qualités que ce qu'elle représente (le lion n'est pas seulement magnanime, ou le renard seulement rusé) et inversement, le contenu déborde ce qui le figure (Dieu possède bien des propriétés qu'on ne peut représenter par une figure ou par un nombre).
    -------> cf.  [LION] Archétype du lion dans les rêves [#] - iconographie [#][#][#][#] - [4 ANIMAUX] [#][#]
    -------> [CERCLE] Cercle et rayons [#]  
     



  • Hegel insiste sur le caractère ambigu du symbole, dont on peut toujours se demander s'il représente autre chose que lui où s'il vaut pour lui-même. C'est ainsi en raison d'une inadéquation entre le contenu et ce qui le figure que le premier moment du développement de l'art est appelé "art symbolique".

 

Le SPHINX égyptien, tout particulièrement, représente ce premier stade :

  • "Les sphinx ont le corps d'un animal au repos, au bout duquel, en guise de buste, émerge le corps humain, avec parfois une tête de bélier, mais le plus souvent une tête de femme.

    L'esprit humain veut faire une percée hors de la vigueur et de la forme animale brute, sans arriver à la représentation parfaite de sa propre liberté et de sa propre figure mobile puisqu'il lui faut encore rester mêlé et associé à l'autre de lui-même.

    Cet élan vers une spiritualité consciente de soi qui ne s'appréhende pas à partir d'elle-même dans la seule réalité qui lui soit appropriée, mais ne fait que se contempler dans ce qui lui est apparenté et se porter à sa propre conscience dans ce qui lui est tout aussi étranger, c'est cela le symbolique en général, et celui-ci devient, parvenu à ce sommet, énigme."

    (HEGEL, Ibid., p. 483)

  • C'est donc l'obscurité qui est ici le propre du symbole, l'obscurité de la conscience que l'homme prend de lui-même. Aussi suffit-il que cette conscience accède à la clarté, que l'homme se connaisse, pour que le symbole disparaisse.
    ------> Oedipe face au sphinx, cf. [#]

  • Or, comme le fait remarquer Hans Georg GADAMER dans l'analyse à laquelle il procède de l'histoire du concept (cf. Vérité et Méthode, trad. P. Fruchon, J. Grondin, G. Merlio, Seuil 1996, p.90 sq.), on peut en voir là une restriction. Si le symbole permet de penser l'inadéquation de l'image et du sens, l'usage qui en est fait privilégie leur coïncidence. Dans le champ religieux, en particulier, le symbole par lequel l'être suprasensible de Dieu est représenté à l'esprit humain implique la possibilité d'une élévation du sensible à l'intelligible, et donc, la présence de l'intelligible dans le sensible. [...]

Contrairement à l'image, le symbole a dû être institué pour exercer sa fonction de représentation, ce que révèle le fait qu'il ne soit pas lisible sans une connaissance préalable de ce qu'il représente. 

[fin de citation] ///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
Autres textes philosophiques dans le blog : PLATON, extraits du Phèdre : 
L'attelage de l'âme selon Socrate (carte VII Le Chariot) [#]
L'aile est ce qui participe le plus au divin (carte XIV Tempérance) [# 
 

 

L  I  E  N  S 

TEXTES MENTIONNES :
Evangiles - traduction pour la liturgie catholique
St Matthieu (chap. 1) : www.aelf.org/bible-liturgie/Mt/Evangile-de-Jeesus-Christ-selon-saint-Matthieu
St Marc (chap. 1) : www.aelf.org/bible/read/id/5286/sf_highlight/ 
Apocalypse (traduction du chanoine Crampon) : 
bible.catholique.org/apocalypse-de-saint-jean/3484-chapitre-1

PERSONNAGES :
St Matthieu : missel.free.fr/Sanctoral/09/21.php
St Marc : missel.free.fr/Sanctoral/04/25.php
St Luc : missel.free.fr/Sanctoral/10/18.php
St Jean Baptiste : missel.free.fr/Sanctoral/06/24.php 

LIEUX :
Cathédrale de CHARTRES :
cathedrale.chartres.free.fr/
fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Notre-Dame_de_Chartres

PHILOSOPHES CITES :
HEGEL (1770-1831) : www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/articles.php?lng=fr&pg=44
GADAMER  (1900-2002) : fr.wikipedia.org/wiki/Hans-Georg_Gadamer

CONCEPTS :
Sphinx égyptien : fr.wikipedia.org/wiki/Sphinx_(mythologie_%C3%A9gyptienne)
Sphinx (mythologie grecque) : fr.wikipedia.org/wiki/Sphinx_(mythologie_grecque)
Thèse sur le sphinx : www.unipazfrance.org/IMG/pdf/LeSphinx.pdf