carte V LE PAPE : Sommaire [#]

Jean CHELINI : Histoire religieuse de l'Occident médiéval
PLURIEL, HACHETTE 1991 ISBN : 2-01-017817-3
[extraits] ///////////////////////////////////////////////////////////////////

pp. 24-27
[Dans l'Antiquité] La diffusion du christianisme gagna les juiveries urbaines de la Diaspora (du grec diaspora, c'est-à-dire dispersion des juifs à travers le bassin méditerranéen), puis les milieux païens (paganus, paysan, car le christianisme semble avoir été d'abord urbain). Les communautés chrétiennes se constituèrent autour de l'évêque (du grec episcopos : surveillant), aidé par un clergé de plus en plus diversifié. En Occident, lorsque la hiérarchie ecclésiatique fut définitivement constituée, c'est le cas dès le début du Moyen Age, on distingue entre : 
- les ordres mineurs : portier, lecteur, acolyte (du grec acoulouthos : celui qui accompagne), exorciste (du grec exorcizô : faire jurer), celui qui chasse les démons,
- et les ordres majeurs : sous-diacre, diacre, (du grec diaconos : serviteur), prêtre (du grec presbeuteros : l'ancien, le vieillard), évêque.
[...] Parce qu'il a tiré un sort spécial, tel est le sens de clerus (du grec kléros : sort, tirage au sort), le clerc a des droits et des devoirs qui le distinguent du non-clerc, le laïc (du grec laos : le peuple). [...]

Dès l'origine, le Christ avait institué Pierre chef du collège des apôtres. Pierre s'installa à Rome et ses successeurs jouirent d'une primauté sur les autres évêques. Très tôt ils furent les arbitres des conflits qui pouvaient s'élever entre les Eglises d'Occident. Mais en Orient, les évêques d'Antioche, d'Alexandrie, de Jérusalem, à cause de l'antiquité de leur Eglise, avaient un prestige considérable. On prit l'habitude de les appeler patriarches (du grec patriarchès : chef d'une famille) en réservant peu à peu à l'évêque de Rome celui de pape (papa), c'est-à-dire le père. L'élévation de Byzance, rebaptisée Constantinople, au titre de capitale de l'Orient [romain] en 330, fit de l'évêque de cette ville un rival direct du pontife romain. Il prit le titre de patriarche oecuménique (du grec oicoumenè gè : la terre habitée, toute la terre), que refusa de reconnaître Rome. Le conflit aboutit au schisme de 1054, qui dure encore aujourd'hui [...] Dans les villes importantes, souvent anciennes capitales des provinces romaines, l'évêque prit le nom de métropolitain (metropolitanus : de la ville capitale) ou archevêque [...]

Les évêques se réunissaient souvent en assemblées délibérantes. Ces réunions s'appellent conciles (concilium : assemblée). On les dit oecuméniques s'ils rassemblent des évêques du monde entier. [...] Les réglements ecclésiastiques ou moraux : les canons (du grec kanôn : règle) qui en sont issus ont été rassemblés dans les collections canoniques [...] à l'origine [avec les décisions du pape] du droit de l'Eglise, appelé droit canonique ou droit canon. Très tôt, les papes répondirent par écrit aux consultations des autres évêques ou des fidèles; on prit l'habitude d'appeler décrétales (decretalia) ces décisions. Ils expédient des lettres, qu'à partir du XIIe siècle on appela bulles (bulla : sceau de plomb circulaire dont ils se servaient pour authentifier leur correspondance). Parfois, les papes envoient des représentants permanents ou provisoires que l'on appelle légats (legatus : envoyé). [...]

A la fin du premier millénaire, nous voyons les clercs cardinaux (cardinalis, de cardo, inis : gond de porte), c'est-à-dire attachés aux églises de Rome, constituer peu à peu un collège particulier auquel participèrent les évêques des évêchés suburbicaires (suburbicarius : du faubourg), c'est-à-dire proches de Rome. En 1059, les cardinaux-évêques furent chargés de l'élection du souverain pontife. En 1586, Sixte-Quint fixa le nombre des cardinaux à 70 [...]. L'ensemble des cardinaux constitue le Sacré Collège, présidé par un doyen. [...]

pp. 340 sq.

Au pape de l'Antiquité et du haut Moyen Age, patriarche de l'Occident, arbitre de l'Eglise universelle, dont nul ne contestait la primauté d'honneur, mais dont le rôle dans la vie ordinaire des Eglises restait très limité et qui était sujet de l'empereur, la réforme grégorienne a substitué un pape souverain, chef de l'Eglise universelle, exerçant sur tous ses membres la plénitude du pouvoir (plenitudo potestatis), supérieur à l'empereur et disposant des deux glaives spirituel et temporel, l'un directement, l'autre par l'intermédiaire des princes. Les Dictatus Papae [1075] de Grégoire VII ont achevé de donner formes et contours au nouveau personnage pontifical.

A partir d'Innocent III [élu en 1198], l'Eglise fut considérée par tous comme une monarchie élective, universelle et absolue, assimilée à la Cité de Dieu sur la terre. [...]
-----> Etats du Pape, cf. [#]

Pontifical de Guillaume de Mende-1340-1350-orig Avignon-BM Carpentras ms 0097 f180v

Evêque universel, le pape, qui est désormais le seul prélat à recevoir ce titre, porte, comme symbole de sa puissance, une coiffure spéciale non liturgique, en forme de bonnet conique, la tiare (regnum) qui supporte alors une ou deux couronnes.
-----> cf. [TIARE] Dossier iconographique [#]

Pontifical de Guillaume de Mende (1340-1350)
Origine Avignon - BM de CARPENTRAS Ms 00097 Folio 180v
cliché I.R.H.T. www.enluminures.culture.fr

Le pape étend aux dimensions de l'univers les trois pouvoirs de l'évêque dans son diocèse : la juridiction, l'ordre, l'enseignement. Sa juridiction s'exerce sur les décisions essentielles que l'on appelle causes majeures [1]. Ainsi peut-il déposer, rétablir ou déplacer les évêques, créer, diviser ou réunir les diocèses, ériger les abbayes, reconnaître les ordres religieux, et les soustraire à l'autonomie de l'Ordinaire [archevêque du lieu]. Il convoque, préside ou fait présider les conciles généraux. Il tend à réserver au Saint-Siège la procédure de canonisation des saints, et [depuis] le IVe concile du Latran, l'approbation des nouvelles reliques.

Notedessinee_cas_r_serv___Ms_Summa_Aurea_1312_AbbayeStPierrede_Corbie_BMAmiensLe pape tranche en dernier ressort de l'absolution de fautes graves (cas réservés); dans les conflits canoniques, il juge en dernier appel de façon irrévocable et ne peut être jugé par personne. De même que son pouvoir de juridiction est universel, son pouvoir d'ordre s'étend dans les mêmes limites et le pape peut consacrer des évêques et des clercs pour toutes les Eglises. Docteur universel, son enseignement s'étend à tous et son infaillibilité, sans être dogmatique, a été consacrée par saint Thomas dont l'oeuvre couronnait sur ce point une tradition solide et ininterrompue en Occident.

Note-dessin de cas réservés (Casus reservati summo pontificii)
Henricus de Segusia : Summa Aurea  (droit canon)
Ms possession de l'Abbaye St-Pierre-de-Corbie, 1312
BM AMIENS ms 0361 Folio 413 - cliché I.R.H.T.
www.enluminures.culture.fr

Pour l'aider dans un gouvernement que la centralisation rendait de plus en plus lourd, le souverain pontife disposait de collaborateurs immédiats, les cardinaux, réunis en un conseil de gouvernement, le consistoire, de bureaux et de tribunaux dont l'importance croissait au fil des années. [...]

[1] L'expression causes majeures est très ancienne, elle remonte à Innocent Ier qui écrivait en 407 à l'évêque Victrice de Rouen : "Si des causes majeures (majores causae) viennent en discussion on devra,après la décision épiscopale, en référer au Saint-Siège, comme le synode l'a établi et la coutume l'exige". Il semble bien que l'Antiquité chrétienne n'ait connu en matière de cause majeure que les priocès d'évêque.

[fin de citation] ///////////////////////////////////////////////////////////////////
Même ouvrage, autres extraits :
[#] Devotio moderna, Imitation, Ars Moriendi (carte XIII)

 

L  I  E  N  S 

PERSONNAGES CITES :

FAITS HISTORIQUES :

Cartes historiques d'Europe :  www.euratlas.net/history/europe/fr_index.html