Savourons le fait que, - pour une fois -, une historienne d'art est claire sur l'origine d'un visuel bien particulier des tarots anciens, celui de XII LE PENDU !

Carte XII LE PENDV [#]

Elisabetta GIGANTE : L'Art du Portrait - histoire, évolution et technique, HAZAN 2012
traduit de l'italien par Dominique Férault, éd. orig. Mondadori 2011
[extraits pp. 300-301]/////////////////////////////////////////////////////////////////

Andrea_DEL_SARTO_Etude_nu_suspendu_par_un_pied_XVIe_artfinderRéglée par la loi, la "peinture d'infamie" sanctionnait publiquement la qualité d'infâme du condamné à travers un portrait officiel de caractère négatif. Diffusion maximale : dans l'Italie des Communes, au XIVe siècle.

Le terme "image infamante", à ne pas confondre avec l'offense en image, désigne une pratique pénale spécifique, attestée pour la première fois à Parme en 1261, consistant à condamner à une représentation infamante l'individu coupable de crimes graves, en particulier politiques et financiers, comme la trahison et la banqueroute frauduleuse. L'image infamante, habituellement peinte à fresque sur les murs extérieurs des édifices publics les plus importants, représentait souvent le coupable pendu par les pieds (comme le "pendu" de la carte des tarots, qui reste le souvenir le plus tangible de ces images), accompagnée d'inscriptions en vers ou en prose indiquant son identité et les crimes pour lesquels il était stigmatisé.


Andrea del SARTO (1486-1531)
Nu suspendu par un pied (XVIe s.)

FLORENCE, Uffizi, Disegni e Stampe
(illustration ajoutée par le blog)  
www.artfinder.com


Il ne s'agissait pas d'une simple fiction, ou d'un rite conventionnel, mais d'une peine concrète. Elle frappait la personne si lourdement et si irrémédiablement que certains déclaraient préférer "être pendus plutôt que peints", que d'autres exerçaient des pressions ou entreprenaient des tractations diplomatiques pour éviter l'application de la peine, et que les artistes eux-mêmes cherchaient à se soustraire à la charge de la mettre en oeuvre dans la crainte que la marque d'infamie ne retombât de l'image sur son créateur : cela était arrivé à Andrea del Castagno, qui s'était ainsi acquis le surnom de "Andreino degli Impiccati" ("Petit André des pendus").
------> oeuvres d'Andrea del Castagno [#]

A partir de la fin du XVe siècle, dans toute l'Europe, les images infamantes s'accompagnèrent de l'executio in effige, "exécution en effigie". Celle de Sigismondo Malatesta est célèbre. Il fut condamné en 1462 pour hérésie, crime de lèse-majesté envers le pape et haute trahison : sur un grand bûcher dressé sur l'escalier de Saint-Pierre, on brûla son portrait. Un phylactère sortait de sa bouche, portant l'inscription de son nom et de ses méfaits.
------> médaille de Malatesta [#]
------> autres condottieri [#][#][#][#]

 

Andrea_DEL_SARTO_Etude_de_pendus_XVIe_myfullresearch_wordpressAndrea DEL SARTO  (1486-1531)
Etude pour deux capitaines, 1530

FLORENCE, Uffizi
Gabinetto Disegni e Stampe
(illustration de l'ouvrage cité)


Ces dessins préparatoires du peintre sont au nombre des très rares documents subsistant sur des images infamantes. La ressemblance, qui permettait de reconnaître le condamné, était essentielle dans ce genre de représentation, et elle était aussi garantie par la présence d'inscriptions. 

Vasari relate que, en 1530, "lors du siège de Florence, certains capitaines de la ville s'étaient enfuis en emportant les fonds de l'Etat", et qu' Andrea del Sarto fut chargé, "sur la façade du Palais du Podestat", de "peindre, non seulement ces capitaines, mais aussi quelques citoyens fuyards et rebelles". Vasari précise qu'Andrea del Sarto, hésitant à associer son nom à ce genre de commande, "fit croire qu'il en aurait chargé un de ses aides. [...] Comme on avait construit un grand abri [devant la façade], il y entrait et en sortait de nuit : il réalisait ainsi lui-même ces figures."

[fin de citation] //////////////////////////////////////////////////////////////////////
Même ouvrage, autres extraits :
Roy de Deniers à Parme, 1526 [#]  (Cartes de ROIS)
Effigie de souverain en majesté [#] (Carte IV L'EMPEREVR)

L  I  E  N  S

PEINTRES ET COLLECTIONS CITES :

AUTRES PERSONNAGES CITES :
Sigismondo MALATESTA (1417-1468) prince de Rimini, condottiere célèbre :
biographie : www.larousse.fr/encyclopedie/groupe-personnage/Malatesta/131283
en italien : www.treccani.it/enciclopedia/sigismondo-pandolfo-malatesta_%28Dizionario-Biografico%29/
portrait identique aux médailles de Pisanello de 1445 :
http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/sigismondo-pandolfo-malatesta

HISTOIRE DES CITES MARCHANDES :
Florence (texte de Jacques Heers) : www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/florence_cite_subtile.asp
Florence, les MEDICIS :  www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/les_medicis_hommes_d_argent_hommes_d_etat.asp
Florence, XVIe siècle : www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/aux_portes_du_paradis_florence.asp

La Renaissance : www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Renaissance/184289

ILLUSTRATIONS :
Nu suspendu par un pied : https://d30dcznuokq8w8.cloudfront.net/works/r/bal/7/5/1/80157_full_440x960.jpg
2 Capitaines : myfullresearch.wordpress.com/2012/04/10/ladro-assassino-poeta-impiccato-chi-se-non-villon/