carte I LE BATELEVR [#]
Objets & Outils[#]

Robert FOSSIER : Ces gens du Moyen-Age FAYARD 2007
[extraits pp. 263, 267] ////////////////////////////////////////////////////////////

Toute culture possède un large éventail de jeux; certains, parmi les plus simples, comme lancer un objet ou exercer sa force, sont de tous temps et de tous pays. [...] Défiler en criant, danser en groupe, frapper des mains au théâtre pour marquer sa joie sont des attitudes collectives, conviviales, mais dépourvues d'une implication personnelle; on y est noyé dans la masse anonyme. Tel n'est pas le cas du JEU, même du jeu en équipe. On y trouve, en effet, un investissement complet, puisque le jeu a un objectif : gagner de la gloire ou de l'argent - ce qui déclenche, si l'on perd, de la honte, de la colère, et alimente le besoin de tricherie. Ces sentiments s'apparentent évidemment à l'orgueil, à l'envie, à la colère et même au rejet de l'intervention divine. Dès les temps carolingiens, l'Eglise condamne le jeu comme une immoralité et une déviation de la notion du loisir qui ne doit être consacré qu'à Dieu.
------> sur l'évolution de ces condamnations, cf. [DES] Tous les jeux sont diaboliques [#]

 

ca1470 Bruges-BNF Frms59-Raoul Lefevre-Histoire de Troyes-fol111vHercule participe aux jeux-Hercule participe aux jeux
Enlumineur : Maître de la Chronique d'Angleterre
Raoul Lefèvre : L'Histoire de Troyes
Bruges, ca 1470
BNF Ms français 59, folio 111v -
Base Mandragore www.bnf.fr

On connaît assez bien aujourd'hui ce qu'était le jeu médiéval, au moins en France, au milieu et à la fin du Moyen Age [approche détaillée ici]. Le plus souvent il est pratiqué par équipes rivales, et ce sont alors généralement des jeux de balle comme la paume, ou de ballon comme la soule.

  • La PAUME est surtout urbaine, se livre parfois à couvert et sans déplacement marqué : on use d'une raquette pour frapper l'"éteuf", ancêtre de nos balles de tennis, qu'on adresse à l'adversaire au-dessus d'un filet ou contre un mur, habituellement en bois.

  • La SOULE est plus "populaire" et rassemble de gros effectifs de joueurs; c'est alors souvent une affaire de famille, de clan ou de quartiers en ville. Tandis que la balle de la paume est une boule de laine ou de paille dans une gousse, ici il s'agit d'une boule dure, en bois parfois même, qu'on frappe au pied, à la main ou avec une batte - on hésite donc sur sa progéniture : football, rugby, base-ball, cricket ?

 

Bateleur-cartes d-Ercole d-ESTE-1450-1480-Beinecke LibraryBateleur - cartes dites d'Ercole d'ESTE
1460-1480 ? - Coll. Cary, Beinecke Library, Yale

Ces jeux demandent de l'espace, des spectateurs, des arbitres. Tel n'est pas le cas du JEU DE DES ; ce n'est qu'un jeu de hasard, ce qui lui donne le premier rang dans le domaine de la tricherie, de la contestation, de la violence. Il est universel, constant, et remonte quasi aux temps néolithiques. Et comme il engage des sommes d'argent parfois considérables chez les grands du monde, il est plus que tout autre condamné par l'Eglise. ------> Tous les jeux sont diaboliques [#]

 

 

Cette situation n'est pas celle des cartes [A JOUER]; elles ne s'introduisirent guère avant la fin du XVe siècle : on les disait venues des Indes, et Rabelais en connaissait 35 règles. Mais si le hasard subsiste, ne serait-ce que dans l'attribution des cartes aux joueurs, une part de tactique leur donnait un lustre que n'avaient pas les dés.

Balles, dés ou cartes, tous cédaient devant le "roi des jeux" et le "jeu des rois" : les ECHECS.

 

BnF Ms Fr 97-Tristan de Leonois-1400-1425 folio57v-Tristan et Yseut jouent aux échecsTristan et Yseut jouent aux échecs
Enluminure du manuscrit Tristan de Léonois, Paris, ca 1400-1425
Bibliothèque Nationale de France Ms Fr. 97, F° 57v
source : Base Mandragore, www.bnf.fr

Cette fois, il y a deux joueurs, mais de haut vol, et soutenus par des amateurs dévoués prêts à tout. Car le jeu est comme un MIROIR DE LA VIE ICI-BAS, avec le symbolisme de ses pièces, sa tactique presque guerrière, faite d'audace et de prudence, exigeant mémoire et coup d'oeil, à peu près accessible aux seuls hommes d'âge et d'expérience. [Note du blog : on voit des couples, et donc des femmes, jouer aux échecs, dans les enluminures...] En Occident, il est connu dès le VIIIe siècle, venu sans doute des Indes par la Scandinavie ou par l'Espagne. C'est un combat; alors on ne triche pas aux échecs. Mais lorsqu'on perd, la colère peut éclater en violence : Robert, fils du Conquérant, et battu par son père, ne lui a-t-il pas, dit-on, fracassé un échiquier sur la tête ?
------> histoire du jeu d'échecs [#

 

Il n'y a pas que la soule, les dés ou les échecs, mais aussi le tir à l'arc [voir illustr.], les quilles, les osselets, la marelle, le trictrac et bien d'autres. Ils faisaient rire ou pleurer selon l'issue de la partie et le sens de l'humour. Mais, comme les fêtes, la danse et le théâtre, ils soulevaient des passions qui pouvaient rapprocher.

1458 Ferrare- BNF Ms Lat 7939A-Eneide- f115v- G Giraldi- Jeux funebres pour AnchiseBibliothèque Nationale de France, Division Occidentale - Ms Latin 7939A -Vergilius, Aeneïs - Folio 115v
Enluminure : Jeux Funèbres en l'honneur d'Anchise - Ferrare, 1458 -Enlumineur : Guglielmo Girardi

Source : Base Mandragore www.bnf.fr

[fin de citation]////////////////////////////////////////////////////////////////////

L  I  E  N  S 

PERSONNAGES CITES :
François RABELAIS, écrivain français (ca 1484-1553) :
www.larousse.fr/encyclopedie/litterature/Rabelais/176298
www.renaissance-france.org/rabelais/pages/pagrablais2.html

FAITS ET OBJETS CITES :

sur l'ensemble des jeux médiévaux :  expositions.bnf.fr/jeux/arret/02.htm

La soule : atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/displayp.exe?13;s=618381120;i=ft-1-2.htm;;
(en Bretagne) : www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0003-391x_1911_num_27_4_1374

Le jeu de tarot : www.larousse.fr/encyclopedie/divers/tarot/95959
Les cartes à jouer : www.larousse.fr/encyclopedie/divers/cartes_à_jouer/31096

Echiquier mystique : www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=ECHIQUIER MYSTIQUE&FIELD_8=DOMN&VALUE_8=decor
Le jeu d'échecs (histoire) : fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89checs
Le Jeu d'Echecs moralisé, manuscrit de l'oeuvre de Jacob de CESSOLIS à Oxford (1459) : bodley30.bodley.ox.ac.uk:8180/luna/servlet/view/all/who/Jacobus+de+Cessolis/what/MS.+Canon.+Ital.+4/Manuscript

Tir à l'arc (histoire) : fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_tir_%C3%A0_l'arc
Jeux de quilles : www.larousse.fr/encyclopedie/divers/quille/84910
Jeux de marelle : www.cnrtl.fr/definition/marelle
Jeux des osselets : www.cnrtl.fr/definition/marelle
Jeu de trictrac : www.cnrtl.fr/definition/trictrac

ILLUSTRATIONS :
"Hercule participant aux jeux" :
visualiseur.bnf.fr/ConsulterElementNum?O=IFN-8100062&E=JPEG&Deb=27&Fin=27&Param=C
Bateleur des cartes d'Este :
brbl-dl.library.yale.edu/vufind/Record/3432700