L'ermite qui ECLAIRE LA VRAIE VOIE ... avec sa lanterne ... dans une gravure rhénane datée ca 1450-1466 ... par un graveur qui a dessiné des cartes à jouer ...

Carte VIIII L'HERMITE [#]

Jan BIALOSTOCKI (1921-1988) : L'Art du XVe siècle, des Parler à Dürer LE LIVRE DE POCHE
(ed. orig. 1989, Librairie Générale Française 1993)
[extraits pp. 209 sq.]////////////////////
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Maitre_ES_LMaître E. S. (ca 1420 - 1467)
Alphabet fantastique - Lettre I

Un autre maître éminent du Rhin supérieur fit également des cartes à jouer : comme il signait ses oeuvres du monogramme E. S., c'est sous ce surnom de Maître E. S. qu'il nous est connu. [...] Il fut actif entre 1450 et 1467 dans la région du lac de Constance. [...] Le maître E. S. nous a laissé aussi une fascinante série d'ALPHABETS : des initiales, dans la tradition des manuscrits enluminés, composées d'hommes et d'animaux, qui sont parfois parfaitement grotesques et portent certains accents de critique sociale. Ces lettres sont souvent des rébus, elles expriment des proverbes, jouent avec l'ambiguïté des formes et appartiennent au monde fantastique auquel l'art médiéval ménagea toujours une place en marge de thèmes plus sérieux, que ce soit dans l'enluminure ou dans la sculpture architecturale.

Les lettres fantastiques du Maître E. S. servirent de modèles aux artisans pour la décoration de meubles, de marquèteries, de céramiques, d'armes et de tissus.
------> Marqueterie au XVe s. [#]

Les éléments de chaque initiale sont tirés de mots qui commencent par la lettre en question : par exemple "I", comme "inimicus impius", se compose 'd'un loup, d'un chien et d'un aigle" qui "grimpent l'un sur l'autre"; ou "M", comme "mercator, meretrix, matus". D'une manière générale, il s'agit d'images qui illustrent sur un mode critique et négatif des phénomènes et des qualités; mais ce n'est pas toujours le cas.

La lettre "V" comme "via veritatis et vitae", nous montre un saint Christophe portant sur ses épaules l'Enfant Jésus qui lève la main en un geste de bénédiction. A droite, un ermite éclaire la "vraie voie" avec sa lampe. [illustr. ci-dessous]
------> "Via Veritatis" (l'Eglise comme voix du salut), fresque de S. Maria Novella [#]

 

1450-1467 - Maitre_ES_LMeister E. S.  : Lettre V
Staatliche Kunstsammlungen Dresden (SKD), Inv.-Nr.: B 105, Lehrs 302

 

Les mondes réels et fantastiques se fondent dans des sujets allégoriques comme le Jardin d'Amour, très populaire dans l'art du XVe siècle (il existe un groupe de représentations de ce genre attribué au graveur néerlandais anonyme connu sous le nom de "Maître des Jardins d'Amour", (1440-1450). Le Maître E. S. produisit lui aussi une gravure érotique de la même veine. [...]
------> Jardin d'Amour [#]

[fin de citation] //////////////////////////////////////////////////////////////////
Du même ouvrage : [ADORATION] A genoux devant le divin au XVe siècle [#] - [AMOUREUX] Jardin d'amour du Maître E. S. [#] - Commentaire du "Christ sur le Trône", ca 1466-1467, par Fernando Gallego [#] - Martin Schongauer (ca1445-1491) [#]

Autres textes sur le thème de la lampe/lanterne :
[#] Esope et la Lanterne (fable latine de Phèdre)
[#] La ronde de nuit du frère claustral (extrait du roman d'Anne Guglielmetti)
[#] Arrivée à Athos par bateau dans la nuit (récit de Jacques Lacarrière)
[#] La lampe qui brûle et qui luit (notes d'un moine trappiste sur son expérience chez les Camaldules)

 

L  I  E  N  S

 

Maître au monogramme "E. S." : 
www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Ma%C3%AEtre_E_S/153269
fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtre_E._S.

CONCEPT CITE :
"Via Veritatis" (l'Eglise comme la voie du salut):
fresque de Santa Maria Novella à Florence (ca 1365) par Andrea di Bonaïuto - chapelle des Espagnols
images : www.wga.hu/frames-e.html?/html/a/andrea/firenze/spanish/index.html
commentaire (en anglais) www.poderesantapia.com/art/andreadibuonaiuto/spanishchapel.htm

ILLUSTRATIONS : Wikimedia