Un chrétien maronite syrien séjourne à Paris vers 1707-1708. D'où ce témoignage d'époque sur le supplice de la roue. Réservé aux pires assassins, il peut sans doute constituer une connotation terrible à la roue de fortune ... "faire pendant" à la carte XII LE PENDV, pour rappeler la sévérité de la justice des siècles passés ...

Carte X ROVE DE FORTVNE [#]
VIII LA JUSTICE [#]
carte XII LE PENDV [#]

Hanna DYAB : D'Alep à Paris - Les pérégrinations d'un jeune Syrien au temps de Louis XIV
récit traduit de l'arabe (Syrie) et annoté par Paule Fahmé-Thiéry, Bernard Heyberger et Jérôme Lentin, Actes Sud Coll. Sindbad, juin 2015
[extrait pp. 321 sq.]///////////////////////////////////////////////////////////////////

Un autre jour où j'étais sur le pont Saint-Michel, là où nous habitions, ceux qui tendent des feuilles de sentences, je veux dire du registre des condamnations, passèrent à nouveau. Deux bandits de grand chemin, qui dépouillaient et tuaient leurs victimes, avaient été portés sur ce registre. J'allai donc à l'heure du couchant au tribunal pour observer le spectacle. Je vis deux charrettes et les soldats comme je l'ai déjà dit. Les deux condamnés en descendirent, bras croisés derrière le dos, solidement tenus par les soldats et accompagnés de deux prêtres et du bourreau. Ils les firent monter chacun dans une charrette en compagnie d'un prêtre tenant la sainte croix, et les emmenèrent vers une place.

Quand nous arrivâmes sur cette place, je vis qu'on y avait dressé une estrade haute d'une demi-toise. Au milieu se trouvait une épaisse croix de bois tordue comme la croix de saint Pierre. Ils hissèrent le premier, toujours tenu par les soldats, sur l'estrade, défirent ses liens et l'étendirent nus sur la croix. Ils lui attachèrent solidement un bras à une branche de la croix, l'autre à l'autre. Puis ils lui lièrent une jambe à chaque branche. Sa tête pendait entre les deux branches de la croix.

Gerlamoos_Fresko_hl

Maître de Gerlamoos (Thomas von Villach?)
église St Georges, Gerlamoos (Autriche)

fresques, ca 1460 ou 1475-1480 selon encycl. Larousse
Martyre de St Georges : le supplice de la roue
wikimedia (c) Rollroboter, 2015


Lorsqu'on eut fini de l'attacher, le bourreau frappa le criminel attaché à la croix sur le premier bras. Il lui donna trois coups avec la barre et lui brisa les os en morceaux; on pouvait entendre le bruit que cela faisait. Le bourreau lui donna également trois coups sur l'autre bras et trois coups à chaque jambe. Pas un seul de ses membres ne resta intact. Le bourreau lui donna un seul coup sur le ventre en lui disant que c'était une grâce du roi, afin qu'il meure rapidement. On le détacha de la croix et on le mit sur une roue de charrette. On l'y tassa : il était réduit à l'état d'une boule de chair. Puis on déplaça la roue, dans le trou de laquelle on fit passer un piquet de bois, et on le laissa en évidence à côté de l'estrade, la tête penchée en-dehors de la roue.

On fit ensuite monter le second condamné sur l'estrade. Lorsqu'il vit son camarade dans cet état, il se mit à genoux et supplia le prêtre de ne pas le laisser mettre à mort de cette façon atroce, et qu'on l'étrangle avant de lui rompre les membres. Le prêtre le prit en pitié, se tourna vers le soldat mandaté par le juge, et intercéda pour qu'on l'étrangle. Ils obtinrent à grand-peine que le soldat accepte la demande du prêtre et ordonne l'étranglement. Comme son camarade, on l'étendit sur la croix, on l'attacha et on lui passa une corde au cou, qu'on fit passer par le trou de l'estrade et qu'on tordit avec force en lui imprimant un mouvement de rotation : il fut étranglé aussitôt. Le bourreau lui brisa les os comme au premier et on le plaça sur une roue de charrette comme son camarade. On les abandonna jusqu'à ce que le premier meure.

Ce spectacle frappa le coeur des gens et leur inspira crainte et affliction. Chacun reprit son chemin, avec un profond sentiment d'abattement et de tristesse de ce qu'il avait vu.
------> peur de la mort au XVIe siècle [#


Note du traducteur :
Il s'agit du supplice de la roue, très exactement décrit par Hanna et, comme il l'indique, résevé aux assassins et voleurs de grand chemin. La croix qui sert au suppplice a en fait la forme d'une croix de saint André, non de saint Pierre. La précision et l'exactitude de Hanna sont confirmées par une comparaison avec celle de Pierre-François Muyart de Vouglans, Les Lois criminelles de France, dans leur ordre naturel. Dédiées au Roi. Neufchâtel, 1781, t.1, p..52 : "... le corps du criminel est porté sur une petite roue de carrosse, dont on a scié le moyeu en dehors, & qui est placée horizontalement sur un pivot. L'exécuteur, après lui avoir plié les cuisses en dessous, de façon que ses talons touchent au derrière de sa tête, l'attache à cette roue, en le liant de toutes parts aux jantes, et le laisse ainsi exposé au public, plus ou moins de temps"

[fin de citation] //////////////////////////////////////////////////////////////////////
du même ouvrage : Allégorie du Temps dans l'opéra sous Louis XIV [#] - Les Tours en maçonnerie de crânes, Djerba 1560 [#] - Histoire de dais vers 1708 [#

 

 

L  I  E  N  S

 

L'AUTEUR DU RECIT :
http://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/dalep-paris


FAITS & CONCEPTS :
le supplice : https://fr.wikipedia.org/wiki/Roue_(supplice)


ILLUSTRATIONS :
https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Martyrdom_of_Saint_George?uselang=fr#/media/File:Gerlamoos_Fresko_hl.Georg_Martyrium_2.jpg

Maître de Gerlamoos, Carinthie, Autriche :
http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Ma%C3%AEtre_de_Gerlamoos/153158