Ils ne l'avaient pas forcément voulu au départ. Pourtant, bien des ermites se retrouvèrent à devoir organiser la vie religieuse des disciples que leur solitude ascétique avait attirés auprès d'eux. En voici quelques-uns (moins célèbres que St Romuald), fondateurs d'ordres en Italie.

Carte VIIII L'HERMITE [#]

Ivan GOBRY : La civilisation médiévale TAILLANDIER, 1999, ISBN  2-235-02211-1
[extrait p. 312 sq.] ///////////////////////////////////////////////////////////////////

Les ordres réformateurs des XIe et XIIe siècles [...] sont apparus concurremment en Italie et en France. St Romuald ----->[#]

 

1200px-Vallombrosa

Abbaye de Vallombreuse (Toscane)

L'ordre de Vallombreuse fut établi par un disciple, à vrai dire passager, de saint Romuald, saint Jean Gualbert, né vers 995 à Florence. D'abord bénédictin à San Miniato de Florence, il quitta son monastère parce que le nouvel abbé était simoniaque, puis demanda son admission à Camaldoli, qu'il quitta aussi après quelques années, pour trouver une solitude plus profonde; il la trouva à Vallombrosa, entre Camaldoli et Florence. Des disciples allèrent l'y rejoindre, et il se constitua un groupe anachorétique, puis, selon un schéma éprouvé, une communauté véritable. Jean Gualbert lui donna la règle de saint Benoît, à laquelle il ajouta de courtes constitutions. Les religieux au froc gris, étaient partagés en deux catégories :
- les moines, voués à la clôture stricte,
- et les convers, qui assuraient la communication avec le monde;
cette distinction apparaît pour la première fois dans l'histoire monastique. On y trouve aussi, mêlés, clercs et laïcs, Jean Gualbert persistant à conserver le second état, à l'image de saint Benoît. L'accent était mis sur la pauvreté, qui devait être extrême. Le fondateur mourut en 1073, après avoir vu son ordre approuvé par Victor II en 1055.

 


Monte Vergine

Abbaye du Mont-Vierge (Bénévent)

L'ordre de Monte Vergine fut fondé par saint Guillaume de Verceil (+1142), ainsi appelé parce qu'il naquit dans cette ville vers 1085. A l'âge de quinze ans, étant orphelin, il revêtit l'habit de pèlerin, et prit le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, pieds nus et le torse serré de cercles de fer. Puis, cherchant un lieu propice à une stricte solitude, il se rendit en Pouille, et s'aventura sur le mont Laceno, où il rencontra Jean de Montera, futur fondateur de l'ordre de Pulsano [qui, très jeune, fut d'abord ermite dans une île du golfe de Tarente]. Après une vie érémitique en commun, ils se séparèrent, et Guillaume se fixa sur le mont Virgiliano, ainsi nommé parce qu'on supposait que Virgile y avait fait un séjour. En 1119, il se forma autour de lui un groupe anachorétique, qui construisit une chapelle en l'honneur de la Vierge; et le lieu se changea en "Monte Vergine". Le pape Calixte II érigea cette colonie en institut religieux. Cepandant, Guillaume, constatant que l'abondance du recrutement nuisait à l'esprit primitif, donna pour abbé aux nouvelles recrues son disciple Albert, et, avec ses compagnons les plus fervents, alla édifier un nouveau monastère à Serra Cognata. Là encore, il reçut de nouveaux religieux. Il fit bâtir pour eux à Guglieto, près de Nusco, deux nouvelles maisons, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. A celles-ci, il donna des constitutions propres, remarquables par leur extrême rigueur : abstinence perpétuelle de viande, de laitages et de vin; trois fois par semaine, pain sec et herbe crue; en Avent et en Carême, l'herbe elle-même était proscrite. Guillaume mourut le 25 juin 1142, laissant pour abbé général des fondations le moine Albert, qui le rejoignit sept ans plus tard dans la tombe. Le nouveau général, Robert, constatant que les règlements étaient au-dessus des forces humaines, rédigea des constitutions qui en adoucissaient la rigueur, et adopta la règle de saint Benoît. Le pape Alexandre III donna sa caution à cette transformation. [...]

 


St Guillaume de Maleval - Beck

Léonhard BECK (Augsbourg ca 1480-1742)
Saint Guillaume de Maleval, ermite

Les Guillelmites furent établis en Italie par un saint Français, Guillaume de Maleval. D'abord chevalier qui mena une vie licencieuse, il se transforma en pèlerin, se rendit à Compostelle, puis en Terre sainte. A son retour, en 1153, il trouva non loin de Pise, dans l'île de Lupocavio, un lieu désert pour y vivre en ermite, qu'il abandonna bientôt devant l'importunité de disciples fantaisistes. Cette expérience se renouvela sur le mont Pruno. Finalement, en 1155, ayant pris la route de Grosseto, il entendit parler à Buriano d'une certaine vallée effrayante, l'Etable de Rhodes, que la population appelait "Malavalle", et sur laquelle elle racontait des histoires épouvantables. Guillaume estima que c'était là le lieu le plus propre à ne pas être dérangé; il y trouva une grotte propice à ses projets, et y fut bientôt découvert par le seigneur du lieu, qui lui fit construire une cellule en dur. Au bout de quatre mois de solitude, il y accueillit un compagnon selon son coeur, Albert. Tous deux menèrent une vie de féroce pénitence, que Guillaume abandonna en février 1157, tué par les macérations autant que par la maladie.
------> ermites à plusieurs [#]

Albert l'enterra près de sa cellule, mais le renom de sa sainteté attira les pèlerins; un certain nombre voulurent imiter sa conduite, et bâtirent un monastère. Albert leur imposa les pratiques de Guillaume, dont ils portèrent ainsi le nom. De nouvelles recrues arrivèrent de partout, et il fallut édifier des succursales. Au XIIIe siècle, Grégoire IX les approuva, fixa leur dénomination : les Ermites de saint Guillaume, et leur fixa des constitutions mitigées, qu'Innocent IV appprouva en 1248 en réglementant le gouvernement de l'ordre. En 1286, Alexandre IV le fusionna avec d'autres pour en faire l'ordre mendiant des Ermites de saint Augustin. Cependant, devant les protestations de nombreux supérieurs, le pape leur laissa la liberté de choix; ceux qui optèrent pour l'indépendance à l'égard des Augustins allèrent s'établir dans la banlieue de Paris, à Montrouge, puis à Paris intra muros, où ils s'installèrent dans le monastère des serviteurs de la Vierge Marie, populairement appelés Blancs-Manteaux, et qui venaient d'être supprimés au concile de Lyon de 1274. En 1298, ceux de Montrouge rejoignirent leurs frères; et l'on continua d'appeler leur monastère Notre-Dame des Blancs-Manteaux.

 

Ordre de Flore [ultérieurement rattaché à Cîteaux]

Plus célèbre est l'ordre de Flore, à cause de son fondateur, Joachim, qui trouva maint disciple délirant pour ses oeuvres écrites. Il naquit vers 1133 à Celico en Calabre. Lui aussi ressentit dès sa jeunesse l'appel à la solitude; mais, ne pouvant l'obtenir dans un lieu désert, il la chercha sans cesse dans la maison et le domaine de son père, puis à la Cour de Roger II de Sicile, où il avait été envoyé comme page. A vingt ans, il partit pour Constantinople avec l'ermite André, auquel il rendait visite assidûment dans sa grotte du Monte Pellegrino, près de Palerme; arrivé pendant une épidémie de peste, il employa ses journées à ramasser les cadavres et à leur donner une sépulture; continuant son chemin à travers l'Anatolie et la Syrie, il parvint enfin à Jérusalem, où il demeura un an, puis visita les Lieux saints de Galilée. Revenu en Italie par la longue voie terrestre, il se présenta à l'abbaye cistercienne de Sambucina, où il obtint le statut de "familier", c'est-à-dire de séculier menant la vie conventuelle et rendant quelques menus services. Il s'improvisa alors prédicateur. Tancé par l'abbé, il se transporta dans un autre monastère cistercien, Corazzo, et cette fois demanda l'habit; à la mort de l'abbé (1176), les moines l'élurent pour lui succéder; or, comme il avait formé le projet d'écrire de gros ouvrages, et que cette charge était incompatible avec une telle tâche, il s'enfuit nuitamment; mais, menacé d'excommunication, il retourna au milieu de ses moines, et délégua ses pouvoirs au prieur, vivant à l'écart dans une quasi solitude. L'abbé de Casamari offrit une retraite à son collègue pour une période que nous appellerions sabbatique (1185). Ce fut là que Joachim écrivit, aidé par trois secrétaires, enthousiastes, les ouvrages qui seraient regroupés plus tard sous le nom d'Evangile Eternel. En 1188, sachant qu'il était tenu en suspicion à Rome, il alla trouver Clément III nouvellement élu et lui offrit à lire le premier de ses ouvrages, la Concordance de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le pape, après une lecture rapide, encouragea l'auteur à continuer, et lui donna l'autorisation de renoncer à sa charge abbatiale. Il s'était préparé, en attendant cet heureux événement, un ermitage à Petralata. Il s'y croyait tranquille et ignoré; mais des dizaines de disciples fervents l'y rejoignirent; ce refuge était trop étroit; ce fut alors qu'il émigra dans le domaine de Fiore(en latin Flora), au sein de la montagne calabraise, et qu'il édifia avec les siens un village monastique, avec au centre une église dédiée à saint Jean-Baptiste, le premier des ermites.
------> St Jean Baptiste modèle spirituel des ermites [#]

Abbazia Florense

Abbaye de Flore (Calabre)


En 1192, le chapitre général de Cîteaux, accablé de plaintes contre le prophète de Fiore, le somma de comparaître; mais il refusa, et demanda à Célestin III d'être relevé de son obédience; contre l'avis du grand ordre, il obtint d'être considéré comme abbé d'un institut indépendant. Le 21 avril 1196, l'empereur Henri VI, prenant Joachim sous sa protection, lui délivrait un diplôme reconnaissant l'abbaye de Flore, et lui accordant la rente fastueuse de cinquante besants d'or. De son côté, Célestin III, qui n'avait d'ailleurs lu qu'une partie de son oeuvre, approuva sa doctrine (25 août 1196). Quand il mourut, le 30 mars 1202, les abbés des différents monastères établis par lui et ses disciples se réunirent et proclamèrent l'existence d'un unique institut religieux, dont ils élurent le supérieur général, Matteo Vitari. Bientôt, les luttes politiques et les discussions sur la fidélité aux observances primitives opposèrent entre eux les abbés; après trois siècles de troubles, Flora et ses principales filles demandèrent à être rattachées à l'ordre de Cîteaux (1570). C'était un retour aux sources.

En fait, comme la plupart des grands fondateurs contemporains, Joachim n'a eu nullement le désir d'établir un ordre religieux; ce qu'il souhaitait, c'était vivre en ermite pour avoir le loisir d'écrire; c'étaient ses disciples, qui, édifiant des maisons autour de lui, avaient fait de sa descendance spirituelle un institut religieux. La spiritualité et les observances étaient un mélange de l'esprit du désert et de celui de Cîteaux; comme l'esprit du désert, dans les maisons cénobitiques, avait peu à peu disparu, il était juste de retourner dans le giron de l'ordre primitif.

[fin de citation] //////////////////////////////////////////////////////////////////////
Même ouvrage, autres extraits :
Cartes de Cavaliers : Chevalerie et trêve de Dieu [#]
Cartes de Deniers : Brève histoire de la monnaie [#]
Carte II LA PAPESSE : [LIVRE] Bible chrétienne [#]

Carte V LE PAPE : Papes et empereurs à Ferrare/Florence [#]
Carte VIIII L'HERMITE : les rapports ermites/pèlerins/moines [#], St Romuald [#]

 

L  I  E  N  S 

 

st Jean Galbert  (Florence ca 985 - Passignano 1073) :
https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-gualbert/
http://missel.free.fr/Sanctoral/07/12.php
http://www.introibo.fr/12-07-St-Jean-Gualbert-abbe
orde de Vallombreuse : http://www.newadvent.org/cathen/15262a.htm
abbaye de Vallombreuse : http://www.badia-a-passignano.com/vallombrosans_en.htm

St Guillaume de Maleval :
http://har22201.blogspot.com/2016/02/saint-guillaume-de-maleval-malvalla.html
en anglais http://cdm.csbsju.edu/digital/collection/ArcaArt/id/8904/
Williamites : http://www.newadvent.org/cathen/15644b.htm

St Guillaume de Verceil (Verceil ca 1065 - Guglieto 1142) :
http://viechretienne.catholique.org/saints/14-saint-guillaume-de-verceil
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgique/pentecote/pentecote03/025.htm

http://nova.evangelisation.free.fr/leblanc_guillaume_de_verceil.htm

http://www.newadvent.org/cathen/15639b.htm
sanctuaire marial de Monte Vergine : https://www.mariedenazareth.com/tout-sur-marie/marie-remplit-le-monde/europe/italie/campania-naples-pompei/montevergine-avellino/?no_cache=1
ordre de Monte Vergine : http://www.newadvent.org/cathen/15644b.htm

Joachim de Flore (1133-1202) :
http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Joachim_de_Flore/125979
http://www.newadvent.org/cathen/08406c.htm
https://books.google.fr/books?id=BnFFDAAAQBAJ&pg=PT31&lpg=PT31&dq=joachim+de+Flore+gnostique&source=bl&ots=vwoKYYrbgy&sig=mIxHBeSNucIH-A24zYLcj1Tuo8g&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjCmby9-8HbAhUGSBQKHU1vBawQ6AEISzAF#v=onepage&q=joachim%20de%20Flore%20gnostique&f=false<
http://www.centrostudigioachimiti.it/Gioacchino/GF_vita.asp
abbaye de Flore : http://www.portalesila.it/labbazia-florense-san-giovanni-fiore/

 

ILLUSTRATIONS :

Vallombreuse (Toscane), gravure datée 1750 :
http://1.bp.blogspot.com/-u_UICMbOwk0/Uyy8dISIbKI/AAAAAAAAaLo/yOzKCLJ7wvE/s1600/Vallombrosa.jpg

Montevergine :
https://api.viaggiart.com/resources/images/xl/list/image/20890-3926ac101c0386504db08897e7873eac-1502307460.jpg

Image de St Guillaume de Maleval, probablement de Léonard BECK (1480-1542) :
http://cdm.csbsju.edu/digital/api/singleitem/image/ArcaArt/8904/default.jpg?highlightTerms=

Abbazia Florense - Abbaye St Jean Baptiste de Flore (Calabre) :
http://farm9.static.flickr.com/8107/8499380239_5a6681215c_b.jpg