Comprendre ... ne pas se raidir ... ne pas se cramponner ... expulser les hérésies de notre coeur ...  se laisser retourner ... ne pas nous entêter ... être étonné ... se laisser faire ... Rien que des expressions applicables au symbolisme de la carte XVI MAISON DIEV ...

carteXVI MAISON DIEV : Sommaire [#]
carteXII LE PENDV : Sommaire [#]

Père Marie-Dominique MOLINIE (1918-2002) Le Courage d'avoir peur Le Cerf 1ère éd. 1975
[extrait pp. 7-11] ///////////////////////////////////////////////////////////////////

Il est impossible que Dieu ne nous déroute pas de plus en plus, jusqu'à la vision face à face. Les saints sont des gens qui ont accepté une bonne fois d'être toujours déroutés : c'est devenu leur pain quotidien. Ne vous étonnez donc pas d'être étonnés [...]. Pour cela, il faut faire silence : non pas le silence matériel (qui est pourtant nécessaire) mais celui des idées : il ne faut pas se cramponner à ses petites idées - surtout si ce sont de grandes idées - mais être comme des enfants qui ne savent pas ce qu'on va leur dire. [...] Il faut s'ouvrir à la lumière en prenant les choses au sérieux : quand on regarde les choses spirituelles d'une manière humaine, cela veut dire qu'on ne les prend pas au sérieux ... [...]

Le thème tient en trois mots : Laissez-vous faire. Ce n'est pas très original, ce n'est pas très difficile à pratiquer : mais c'est très difficile à comprendre - je veux dire de cette manière qui fait qu'on le pratique.

Malgré ce qu'on dit souvent, ce n'est pas la pratique qui est difficile dans la vie chrétienne, c'est de comprendre. Si vous ne pratiquez pas ce que je dis, c'est que vous ne le comprenez pas (et moi non plus je ne le comprends pas, c'est pourquoi je ne le pratique pas). Le problème n'est pas d'être fort, c'est d'accueillir la lumière, de ne pas se raidir contre elle ou (ce qui revient au même) l'esquiver en souplesse.

Se laisser faire par Dieu, ce n'est pas banal. Au fur et à mesure en effet que sa lumière pénètre en nous, nous découvrons avec effroi à quelles ténèbres elle essaie de nous arracher. Pratiquement nous sommes tous hérétiques : l'erreur est humaine. Nous ne pouvons pas éviter de nous tromper, nous déraillons tout le temps. Le problème n'est pas d'éviter de dérailler, mais d'être toujours assez souples pour que Dieu puisse nous remettre sur les rails. Seuls les saints parviennent à une telle souplesse : ils sont les seuls à expulser en permanence toute hérésie de leur coeur.

 

Nous ne parvenons pas à garder l'équilibre de la vraie vie, comme des enfants qui apprennent à marcher et qui tombent toujours. Ce n'est pas grave, encore une fois, tant que nous accepterons d'être remis en selle, mais si nous nous entêtons c'est la mort : l'endurcissement est diabolique ... Relisez la séquence de la messe de Pentecôte : tous les maux dont nous demandons la guérison à l'Esprit-Saint sont des hérésies. (*)

Le chemin étroit qui mène à la Vie n'est pas tellement difficile à gravir, mais il est difficile à trouver - il est si petit qu'on risque tout simplement de ne pas le voir : c'est cela, le secret du Royaume des Cieux.

Où est notre culpabilité ? De ne pas assez chercher la lumière qui nous permettrait de le découvrir, de nous entêter dans les idées touffues, toujours plus ou moins ténébreuses, dont l'abandon constitue pour nous la plus profonde, la plus radicale des humiliations. [...] Quand nous commettons une faute, le plus grave ce n'est pas la faute, ce sont les excuses que nous nous donnons à nous-mêmes, les interprétations que nous en faisons pour la justifier. Cela nous dispense de comprendre que nous refusons la lumière : là est le vrai mal. Il ne faut pas avoir peur des difficultés de la vie, ni même de nos fautes : ce n'est pas cela qui nous empêchera de trouver Dieu. Ayons peur de ce qui ne nous fait pas peur et qui nous empêche vraiment de Le trouver : craignons de refuser la lumière, plus ou moins subtilement, discrètement, poliment ...

 

Dieu a un programme : Il a prévu un remède pour tout. L'obstacle apparent de nos misères et de nos chutes quotidiennes, Il peut le laisser peser longtemps sur nous : Il s'en sert - l'amour de Dieu est plus fin que nous et sait utiliser nos défaillances. Ce qui nous empêche d'en profiter, ce n'est pas l'abondance de ces misères, mais de ne pas accepter de "nous laisser faire" à l'idée de Dieu.

Il n'y a pas d'autre inquiétude à avoir : "Vais-je laisser faire Jésus-Christ ?" Laissons-nous retourner, laissons-nous convaincre que les choses ne sont pas comme nous les avons imaginées, qu'elles sont selon un secret. Laissons cette lumière pénétrer en nous. Elle chassera nos ténèbres. Cela nous fera forcément un peu mal : la Parole de Dieu est un glaive qui pénètre jusqu'à la division de l'âme. C'est le sel - le sel qui purge. Ce n'est pas toujours agréable, cela provoque une révulsion : il faut l'accepter, car cela va tellement mieux après ! ce sera une délivrance !

Mais nous refusons de croire à cette délivrance, et c'est cela, refuser la lumière. Dès que c'est trop beau, nous ne voulons plus croire : les choses sont beaucoup plus faciles que nous voulons le croire - alors elles deviennent très difficiles, parce qu'à notre insu nous voulons qu'elles soient difficiles. Nous préférons des choses difficiles mais qui flattent notre orgueil à des choses faciles et humiliantes (voyez l'histoire de Naaman le Syrien 2 R 5, 1-14). [...]

Puisque nous ne savons pas voir les choses telles qu'elles sont, c'est-à-dire magnifiques et douces, demeurons près de la Sainte Vierge, en redoutant ce qui peut sortir de nous - et demandons-lui de nous apprendre à ouvrir les yeux. [...] ce qu'il faut redouter, c'est ce que Jésus reproche aux Apôtres après la Résurrection : "Vous avez le coeur dur. Pourquoi ? Vous ne croyez pas que je suis ressuscité. Vous ne le croyez pas, parce que c'est trop beau : là est votre faute."

Demandons de ne pas nous entêter trop longtemps.

[fin de l'extrait]///////////////////////////////////////////////////////////////////////
Même ouvrage, autre extrait : carte VI L'Amoureux) Le double attrait [#]  

 

(*) Le Père Molinié se réfère au "Veni Sancte Spiritus", séquence chantée après l'Alleluia à la messe du jour de Pentecôte.
Plus particulièrement aux strophes 7 et 8 :

     1. Veni, Sancte Spíritus, et emítte cǽlitus lucis tuæ rádium.
       1. Viens, Esprit-Saint, en nos cœurs, et envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.

     2. Veni, pater páuperum, veni, dator múnerum, veni, lumen córdium.
       2. Viens en nous, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière de nos cœurs.

     3. Consolátor óptime, dulcis hospes ánimæ, dulce refrigérium.
       3. Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes adoucissante fraîcheur.

     4. In labóre réquies, in æstu tempéries, in fletu solácium.
       4. Dans le labeur, le repos, dans la fièvre, la fraîcheur, dans les pleurs, le réconfort.

     5. O lux beatíssima, reple cordis íntima tuórum fidélium.
       5. O lumière bienheureuse, viens remplir jusqu'à l'intime le cœur de tous tes fidèles.
 

     6. Sine tuo númine, nihil est in hómine nihil est innóxium.
       6. Sans ta puissance divine, il n'est rien en aucun homme, rien qui ne soit perverti.

     7. Lava quod est sórdidum, riga quod est áridum, sana quod est sáucium.
       7. Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.

     8. Flecte quod est rígidum, fove quod est frígidum, rege quod est dévium.
       8. Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.

     9. Da tuis fidélibus, in te confidéntibus, sacrum septenárium.
       9. A
tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés.

     10. Da virtútis méritum, da salútis éxitum, da perénne gáudium. Amen.
       10. Donne mérite et vertu, donne le salut final donne la joie éternelle. Amen.